Pierre Garand (alias Garou) est ne le 26 juin 1972 a sherbrook au Quebeck.Dès son plus jeune âge, il est bercé par la musique. En effet, au sein du noyau familial, toutes les occasions sont prétextes à la réunion et à la chanson. Garou développe ainsi une oreille musicale et un sens du rythme peu communs. L'aisance dont il fait preuve laisse croire à un don, à tout le moins à un talent inné.
Conscients de son potentiel, ses parents lui offrent une guitare... à l'âge de trois ans ! Son père, qui joue de cet instrument dans ses temps libres, lui enseigne quelques accords. Puis, l'enfant, de façon naturelle, se débrouille seul. Avoir la musique dans le sang... Deux ans plus tard il découvre le piano et, peu de temps après, il s'initie à l'orgue. Son amour de la musique ne le quittera plus, même s'il n'a jamais éprouvé l'ambition de faire carrière dans la chanson.
Son rêve d'enfance ? Archéologue. Pour découvrir des choses. Et pour partager avec les autres ses « trouvailles.» Il ne se doutait pas encore que la musique recelait à ce point d'inestimables trésors et qu'elle n'aurait de cesse de les lui dévoiler, parcimonieusement, encore et toujours. Ni qu'avec elle, les mots générosité et partage allaient prendre tout leur sens. « Le but en étant artiste, c'est de toujours renouveler l'enfance et d'amener cette espèce d'émerveillement à la vie pour donner goût aux gens de vivre. C'est pour cette raison que je chante. » Au début de l'adolescence le jeune Garou fait office d'élève modèle dans les classes du Séminaire de Sherbrooke, l'école privée qu'il fréquente. Vers 14 ans, par contre, tout bascule. Il a peine à se faire dicter ce qu'il doit faire et surtout, ce qu'il doit ou ne doit pas apprendre. Les notes du premier de classe chutent vertigineusement. Ses parents, au même titre que ses professeurs, cherchent à comprendre. Garou venait d'embrasser le refus de l'autorité, de la discipline, de la conduite à suivre pour « faire comme les autres. »
Le professeur d'harmonie, exacerbé par les bouffonneries de son jeune élève à qui il tente tant bien que mal d'enseigner la trompette, le met à la porte de son cours. Qu'à cela ne tienne la musique, elle, le rattrape au tournant. Nous sommes en 1987, dix ans avant que le rôle de Quasimodo lui soit offert sur un plateau d'argent... Des confrères de classe fondent un groupe, The Windows and Doors, et recherchent un guitariste afin de compléter la formation. Ils font alors appel à Garou, qui monte ainsi sur scène pour la toute première fois de sa vie, dans la salle de spectacles des murs de l'établissement scolaire. Le groupe interprète essentiellement des pièces des Beatles. Garou, dont la voix n'a pas encore complètement muée, emprunte quant à lui celle de Paul McCartney ! Avec le recul, il est amusant de noter que ses camarades ne l'avaient nullement engagé à titre de chanteur, mais bien en tant que guitariste. Quoi qu'il en soit, cette première expérience scénique allait beaucoup lui apporter. « Le groupe remplissait la salle à pleine capacité à chaque représentation. 300 jeunes venaient nous entendre ! Et on faisait tout nous-mêmes. On imprimait les billets, les affiches, tout ! Le “feeling” de la scène, c'est là que je l'ai attrapé. »
À la suite de son cours secondaire, Garou s'inscrit dans la fanfare des Forces armées canadiennes. Lui qui a toujours aimé les cuivres, c'est armé de sa trompette qu'il s'y enrôle. Ses supérieurs ont peine à suivre cet éternel indiscipliné qui s'imagine davantage comme troubadour chantant l'amour aux Croisades que comme cadet aux bottes impeccablement cirées répondant aux ordres d'un quelconque caporal. Alors qu'il est en poste dans la citadelle de Québec (été 1991), il s'envole parfois la nuit au volant d'un véhicule de l'armée « emprunté », direction Montréal, pour...aller boire un café ! Garou, en éternel exil, dans la jungle des villes... Au début de l'été 1992, alors qu'il est sensé y demeurer pour la durée de la saison, il appelle un ami de Sherbrooke afin qu'il vienne le « sortir de là. » Le philanthrope qui sommeille en lui ne se sent plus d'aucune utilité au sein de l'armée. « Cet été-là, il n'y avait presque plus de discipline, tout le monde était heureux. Avant, quand ça bardait, je prenais plaisir à remonter le moral des troupes, si je peux dire. Mais là, je n'avais plus aucune âme à sauver ! (rires) J'ai donc quitté. »
1993. Garou multiplie les petits boulots, passant entre autres de déménageur à cueilleur de vignes... Il occupe même le poste de vendeur de vêtements dans une boutique à la mode. Il passe la plupart de ses nuits dans les discothèques, roupille un peu et retourne bosser après le lever du soleil. Au sortir des bars de Sherbrooke, à trois heures du matin, il n'est pas rare qu'il entonne, guitare au cou, les classiques du répertoire québécois. Avec le trottoir pour scène, les noctambules des différents débits de boisson de la rue principale s'agglutinent autour de lui, tapent des mains et des pieds, dansent et s'amusent allègrement. Ces petites sessions improvisées se terminent inéluctablement par l'arrivée des policiers qui n'ont d'autre choix que de disperser la foule, sourire aux lèvres. Son plaisir est contagieux. « Je faisais des folies, bien sûr, mais des folies qui faisaient sourire. »
Pour le plaisir il chante même dans le métro de Montréal, ajustant continuellement son répertoire en fonction des gens qui passent devant lui : Sex Pistols pour le jeune rebelle, Aznavour pour le couple s'échangeant des regards amoureux, comptine improvisée pour l'enfant blotti dans les bras de sa mère... La musique, que pour le bien-être des autres. Sans plus. Sans but précis.
En mars de la même année, une amie invite Garou à assister au spectacle de Louis Alary, un chansonnier dont elle venait de faire la connaissance. Entre deux interprétations, elle demande au chanteur s'il veut bien laisser le micro à Garou l'espace d'une chanson. Le patron du bar est à ce point enchanté par sa prestation qu'il l'embauche sur-le-champ! Sans répertoire véritable mais débordant d'enthousiasme à l'idée de communiquer ses émotions musicales, Garou présente un premier spectacle solo, guitare en bandouilère, voix déglinguée et charme de l'insouciance en poche. « Je suis allé acheter l'équipement sono en vue de ma première soirée. Je ne savais même pas comment ça fonctionnait! En plus, j'ai dû apprendre plusieurs chansons, mon répertoire étant alors très limité. Je ne disposais que de trois jours pour approfondir tout ça ! C'est de cette façon que j'ai commencé mes classes sur les durs bancs d'école de la vie de bars. »
Très vite, le nom de Garou circule dans le circuit des bars des Cantons-de-l'Est, où on réclame ses talents de chanteur et d'animateur. Après quelques mois de ce rythme passablement épuisant à trimballer son équipement de bar en bar il fait ses débuts au Liquor Store de Sherbrooke, qui présente alors les derniers spectacles à la mode de la région. C'est un ami qui a insisté auprès du propriétaire, Francis Delage, afin qu'il consente à ce qu'un illustre inconnu foule les planches de son établissement. Étant donné qu'on ne se bousculait pas aux portes du Liquor Store les dimanches, Delage décide de donner sa chance au jeune chanteur en lui proposant d'animer « Les dimanches à Garou. » Ces soirées connaissent un succès immédiat. Garou devait par la suite faire les belles veillées du Liquor Store pendant quatre années. « L'échange avec le public, les rudiments de la scène, la folie contagieuse, c'est au Liquor Store que j'ai appris tout ça. »
À l'été 1995 il fonde donc le groupe The Untouchables, composé entre autres d'un trompettiste, d'un saxophoniste et d'un tromboniste. Partout où ils se produisent, la foule est littéralement en pâmoison. Garou souhaitait faire rêver ceux qui l'écouteraient chanter. Gagné. Haut la main.
Garou, en fidèle autodidacte et amant de sa liberté a longtemps refusé les offres, pourtant alléchantes, qu'on lui proposait. « La vraie musique, elle vient du fond du c½ur, du vécu qu'on a, du vécu que l'on se trace. Pas qu'on se fait tracer. À l'époque, Sony m'avait d'ailleurs approché pour un contrat de disque. J'ai préféré attendre parce que je ne me sentais pas prêt. »
Garou chante avec son c½ur, s'époumone sur des musiques qui le pénètrent entièrement à défaut de quoi la scène, à ses yeux, ne mérite pas qu'on se l'approprie. « Avec The Untouchables, jamais on n'a fait les chansons dans le même ordre. J'étais devenu redoutable aux yeux de mes musiciens, qui ne savaient jamais à quoi s'en tenir. Et viva l'improvisation ! »
Ce sont ces mêmes musiciens, ceux de la première heure, qui l'accompagneront lors de la tournée prévue à la suite du lancement de l'album Seul, tant en Europe qu'au Québec. C'est d'ailleurs lors d'une des prestations du groupe, à l'été 1997, que Luc Plamondon allait découvrir celui qu'il recherchait pour pénétrer toute la complexité du personnage de Quasimodo, dans le drame musical Notre-Dame de Paris. « Luc, c'est un véritable visionnaire. Je n'arrive toujours pas à comprendre qu'il ait vu à travers moi la détresse d'un Quasimodo, alors que je chantais la joie de vivre la plus totale. Ça me dépasse. »
« Quand je suis allé passer l'audition, je ne savais pas que c'était pour le rôle du bossu. Au piano, Richard (Cocciante) a entamé le premier couplet de "Belle", puis j'ai continué. Il a arrêté de jouer et a regardé Luc (Plamondon). Ils venaient tous les deux de se faire confirmer qu'ils détenaient leur Quasimodo. Ils m'ont ensuite demandé de chanter "Dieu que le monde est injuste". Je l'ai ressentie comme jamais je n'avais ressenti une chanson auparavant. Le lendemain matin, ils m'ont dit : "Quasimodo, c'est toi !” »
L'épreuve de l'audition derrière lui, Garou prend peu à peu conscience de l'incroyable opportunité qui s'offre à lui. Cependant, à la lecture du roman de Victor Hugo, l'angoisse le gagne. S'égosiller face à des centaines de spectateurs ne l'inquiète pas le moins du monde, sachant que le plaisir qu'il éprouvera alors sera certes contagieux. L'idée d'avoir à jouer un personnage, par contre, le turlupine au point où il envisage de tout laisser tomber. Il ne savait pas que la graine d'acteur germait déjà en lui depuis longtemps. Son côté instinctif allait faire tout le travail. « Un jour, j'ai engueulé Gilles Maheu, le metteur en scène. Il me laissait me débrouiller seul la plupart du temps alors que j'avais besoin qu'on me guide davantage. Il m'a simplement dit, en souriant : "Continue comme tu le faisais, c'est exactement ça qu'il faut.” »
Des mois durant à Paris, Montréal, Lyon, Bruxelles ou encore Londres, dans la version anglaise de Notre-Dame de Paris, Garou pénétrera son personnage de façon magistrale. Et dire qu'à prime abord, il ne s'imaginait nullement acteur... Il a pourtant su merveilleusement témoigner de la détresse de Quasimodo non seulement par sa voix, mais également par la richesse de ses émotions, transcendées dans celles du bossu. « Chaque soir j'entrais dans la peau de Quasimodo, du mal-aimé, du rejeté. Paradoxalement, j'en sortais pour vivre l'amour du public à mon égard. C'était très déstabilisant. »
Il remporte par la suite le trophée Félix Révélation de l'année 1999 au Québec, un prix aux World Music Awards pour la chanson “Belle“ de même qu'un trophée Victoire pour la même chanson. “Belle“ fut par ailleurs votée meilleure chanson des 50 dernières années par le public français.
Face au succès fracassant obtenu par Notre-Dame de Paris en France, les offres se multiplient: projets de disques, de films... Garou, quant à lui, ne veut rien brusquer. Le joueur qui sommeille en lui se réveille une fois de plus et l'incite à attendre la proposition qui cadrera parfaitement avec sa propre vision de ce que doit être un disque à son image. D'ailleurs, étiquette ou pas, Garou reçoit d'énormes doses d'affection de la part du public français. Malgré le succès instantané, il endosse avec une troublante aisance et une belle simplicité son nouveau rôle de coqueluche. « La France m'a donné tellement d'amour ! Je lui suis redevable pour longtemps... »
En 1998, Garou accepte de figurer sur l'album 'Ensemble contre le sida.' Il y interprète “L'amour existe encore” (composée par Plamondon et Cocciante pour Céline Dion), en duo avec Hélène Ségara. On le retrouve aussi sur deux disques des Enfoirés (prestations enregistrées live sur le plateau de télé), de même que sur celui intitulé '2000 et un enfants.' Le classique de Jacques Brel, “Un enfant,” nous est servi à la sauce « swing » sur cette dernière création, grâce à la complicité de son groupe The Untouchables.
« Je n'ai jamais demandé ce qui m'arrive, jamais eu soif de popularité », raconte-t-il. En 1999, sur un plateau de télé français, le destin se charge de mettre sur son chemin une personnalité qui allait lui faire vivre une autre belle aventure. Ce jour-là, Garou fait la connaissance du gérant de la chanteuse numéro un au monde. « Ma première rencontre avec René Angélil a duré 20 secondes. Il est venu me voir, m'a serré la main. Un courant magique est passé dans cette poignée de main. C'est d'ailleurs ce que je me suis empressé de dire à mes parents, qui sont mes plus fidèles amis et mes plus grands confidents. Plus tard, lorsque nous nous sommes revus lui et moi, il m'a dit que ce n'étaient ni ma voix ni ma présence sur scène qu'il avait surtout appréciées chez moi, mais bien la poignée de main que nous avions alors échangée. Quand il m'a raconté ça je me suis dit que j'aurais confiance en lui et en son équipe pour le restant de mes jours. » Il ne le savait pas encore, mais cette poignée de main allait changer le cours de son existence.
Montréal, décembre 1999. Garou, de même que Bryan Adams et les autres chanteurs québécois de la troupe de Notre-Dame sont conviés, à titre d'invités spéciaux, à se produire aux côtés de Céline Dion le soir de son méga-spectacle au cours duquel s'effectuera le passage au nouveau millénaire. Il s'agit aussi du dernier concert que la chanteuse présentera avant au moins deux ans, elle qui tient à prendre cette pause bien méritée. Un soir, après les répétitions, Céline et René demandent à Garou de bien vouloir dîner avec eux. « Céline m'expliquait qu'elle avait la chance de travailler avec la meilleure équipe sur la planète et que, comme elle prenait une pause de deux ans, tout le monde voulait travailler avec cette équipe, la plus convoitée qui soit. Au moment où j'allais avaler une bouchée, elle me regarde et me dit : “Nous, on a pensé que ce devrait être toi...” J'étais complètement estomaqué. Que l'artiste numéro un dans le monde te demande de t'associer avec son équipe, c'est une chose impensable. Mais demandé avec toute la générosité de Céline, et avec politesse... là, cétait trop. J'ai jamais pensé qu'un truc pareil pouvait m'arriver. »
Conscients de son potentiel, ses parents lui offrent une guitare... à l'âge de trois ans ! Son père, qui joue de cet instrument dans ses temps libres, lui enseigne quelques accords. Puis, l'enfant, de façon naturelle, se débrouille seul. Avoir la musique dans le sang... Deux ans plus tard il découvre le piano et, peu de temps après, il s'initie à l'orgue. Son amour de la musique ne le quittera plus, même s'il n'a jamais éprouvé l'ambition de faire carrière dans la chanson.
Son rêve d'enfance ? Archéologue. Pour découvrir des choses. Et pour partager avec les autres ses « trouvailles.» Il ne se doutait pas encore que la musique recelait à ce point d'inestimables trésors et qu'elle n'aurait de cesse de les lui dévoiler, parcimonieusement, encore et toujours. Ni qu'avec elle, les mots générosité et partage allaient prendre tout leur sens. « Le but en étant artiste, c'est de toujours renouveler l'enfance et d'amener cette espèce d'émerveillement à la vie pour donner goût aux gens de vivre. C'est pour cette raison que je chante. » Au début de l'adolescence le jeune Garou fait office d'élève modèle dans les classes du Séminaire de Sherbrooke, l'école privée qu'il fréquente. Vers 14 ans, par contre, tout bascule. Il a peine à se faire dicter ce qu'il doit faire et surtout, ce qu'il doit ou ne doit pas apprendre. Les notes du premier de classe chutent vertigineusement. Ses parents, au même titre que ses professeurs, cherchent à comprendre. Garou venait d'embrasser le refus de l'autorité, de la discipline, de la conduite à suivre pour « faire comme les autres. »
Le professeur d'harmonie, exacerbé par les bouffonneries de son jeune élève à qui il tente tant bien que mal d'enseigner la trompette, le met à la porte de son cours. Qu'à cela ne tienne la musique, elle, le rattrape au tournant. Nous sommes en 1987, dix ans avant que le rôle de Quasimodo lui soit offert sur un plateau d'argent... Des confrères de classe fondent un groupe, The Windows and Doors, et recherchent un guitariste afin de compléter la formation. Ils font alors appel à Garou, qui monte ainsi sur scène pour la toute première fois de sa vie, dans la salle de spectacles des murs de l'établissement scolaire. Le groupe interprète essentiellement des pièces des Beatles. Garou, dont la voix n'a pas encore complètement muée, emprunte quant à lui celle de Paul McCartney ! Avec le recul, il est amusant de noter que ses camarades ne l'avaient nullement engagé à titre de chanteur, mais bien en tant que guitariste. Quoi qu'il en soit, cette première expérience scénique allait beaucoup lui apporter. « Le groupe remplissait la salle à pleine capacité à chaque représentation. 300 jeunes venaient nous entendre ! Et on faisait tout nous-mêmes. On imprimait les billets, les affiches, tout ! Le “feeling” de la scène, c'est là que je l'ai attrapé. »
À la suite de son cours secondaire, Garou s'inscrit dans la fanfare des Forces armées canadiennes. Lui qui a toujours aimé les cuivres, c'est armé de sa trompette qu'il s'y enrôle. Ses supérieurs ont peine à suivre cet éternel indiscipliné qui s'imagine davantage comme troubadour chantant l'amour aux Croisades que comme cadet aux bottes impeccablement cirées répondant aux ordres d'un quelconque caporal. Alors qu'il est en poste dans la citadelle de Québec (été 1991), il s'envole parfois la nuit au volant d'un véhicule de l'armée « emprunté », direction Montréal, pour...aller boire un café ! Garou, en éternel exil, dans la jungle des villes... Au début de l'été 1992, alors qu'il est sensé y demeurer pour la durée de la saison, il appelle un ami de Sherbrooke afin qu'il vienne le « sortir de là. » Le philanthrope qui sommeille en lui ne se sent plus d'aucune utilité au sein de l'armée. « Cet été-là, il n'y avait presque plus de discipline, tout le monde était heureux. Avant, quand ça bardait, je prenais plaisir à remonter le moral des troupes, si je peux dire. Mais là, je n'avais plus aucune âme à sauver ! (rires) J'ai donc quitté. »
1993. Garou multiplie les petits boulots, passant entre autres de déménageur à cueilleur de vignes... Il occupe même le poste de vendeur de vêtements dans une boutique à la mode. Il passe la plupart de ses nuits dans les discothèques, roupille un peu et retourne bosser après le lever du soleil. Au sortir des bars de Sherbrooke, à trois heures du matin, il n'est pas rare qu'il entonne, guitare au cou, les classiques du répertoire québécois. Avec le trottoir pour scène, les noctambules des différents débits de boisson de la rue principale s'agglutinent autour de lui, tapent des mains et des pieds, dansent et s'amusent allègrement. Ces petites sessions improvisées se terminent inéluctablement par l'arrivée des policiers qui n'ont d'autre choix que de disperser la foule, sourire aux lèvres. Son plaisir est contagieux. « Je faisais des folies, bien sûr, mais des folies qui faisaient sourire. »
Pour le plaisir il chante même dans le métro de Montréal, ajustant continuellement son répertoire en fonction des gens qui passent devant lui : Sex Pistols pour le jeune rebelle, Aznavour pour le couple s'échangeant des regards amoureux, comptine improvisée pour l'enfant blotti dans les bras de sa mère... La musique, que pour le bien-être des autres. Sans plus. Sans but précis.
En mars de la même année, une amie invite Garou à assister au spectacle de Louis Alary, un chansonnier dont elle venait de faire la connaissance. Entre deux interprétations, elle demande au chanteur s'il veut bien laisser le micro à Garou l'espace d'une chanson. Le patron du bar est à ce point enchanté par sa prestation qu'il l'embauche sur-le-champ! Sans répertoire véritable mais débordant d'enthousiasme à l'idée de communiquer ses émotions musicales, Garou présente un premier spectacle solo, guitare en bandouilère, voix déglinguée et charme de l'insouciance en poche. « Je suis allé acheter l'équipement sono en vue de ma première soirée. Je ne savais même pas comment ça fonctionnait! En plus, j'ai dû apprendre plusieurs chansons, mon répertoire étant alors très limité. Je ne disposais que de trois jours pour approfondir tout ça ! C'est de cette façon que j'ai commencé mes classes sur les durs bancs d'école de la vie de bars. »
Très vite, le nom de Garou circule dans le circuit des bars des Cantons-de-l'Est, où on réclame ses talents de chanteur et d'animateur. Après quelques mois de ce rythme passablement épuisant à trimballer son équipement de bar en bar il fait ses débuts au Liquor Store de Sherbrooke, qui présente alors les derniers spectacles à la mode de la région. C'est un ami qui a insisté auprès du propriétaire, Francis Delage, afin qu'il consente à ce qu'un illustre inconnu foule les planches de son établissement. Étant donné qu'on ne se bousculait pas aux portes du Liquor Store les dimanches, Delage décide de donner sa chance au jeune chanteur en lui proposant d'animer « Les dimanches à Garou. » Ces soirées connaissent un succès immédiat. Garou devait par la suite faire les belles veillées du Liquor Store pendant quatre années. « L'échange avec le public, les rudiments de la scène, la folie contagieuse, c'est au Liquor Store que j'ai appris tout ça. »
À l'été 1995 il fonde donc le groupe The Untouchables, composé entre autres d'un trompettiste, d'un saxophoniste et d'un tromboniste. Partout où ils se produisent, la foule est littéralement en pâmoison. Garou souhaitait faire rêver ceux qui l'écouteraient chanter. Gagné. Haut la main.
Garou, en fidèle autodidacte et amant de sa liberté a longtemps refusé les offres, pourtant alléchantes, qu'on lui proposait. « La vraie musique, elle vient du fond du c½ur, du vécu qu'on a, du vécu que l'on se trace. Pas qu'on se fait tracer. À l'époque, Sony m'avait d'ailleurs approché pour un contrat de disque. J'ai préféré attendre parce que je ne me sentais pas prêt. »
Garou chante avec son c½ur, s'époumone sur des musiques qui le pénètrent entièrement à défaut de quoi la scène, à ses yeux, ne mérite pas qu'on se l'approprie. « Avec The Untouchables, jamais on n'a fait les chansons dans le même ordre. J'étais devenu redoutable aux yeux de mes musiciens, qui ne savaient jamais à quoi s'en tenir. Et viva l'improvisation ! »
Ce sont ces mêmes musiciens, ceux de la première heure, qui l'accompagneront lors de la tournée prévue à la suite du lancement de l'album Seul, tant en Europe qu'au Québec. C'est d'ailleurs lors d'une des prestations du groupe, à l'été 1997, que Luc Plamondon allait découvrir celui qu'il recherchait pour pénétrer toute la complexité du personnage de Quasimodo, dans le drame musical Notre-Dame de Paris. « Luc, c'est un véritable visionnaire. Je n'arrive toujours pas à comprendre qu'il ait vu à travers moi la détresse d'un Quasimodo, alors que je chantais la joie de vivre la plus totale. Ça me dépasse. »
« Quand je suis allé passer l'audition, je ne savais pas que c'était pour le rôle du bossu. Au piano, Richard (Cocciante) a entamé le premier couplet de "Belle", puis j'ai continué. Il a arrêté de jouer et a regardé Luc (Plamondon). Ils venaient tous les deux de se faire confirmer qu'ils détenaient leur Quasimodo. Ils m'ont ensuite demandé de chanter "Dieu que le monde est injuste". Je l'ai ressentie comme jamais je n'avais ressenti une chanson auparavant. Le lendemain matin, ils m'ont dit : "Quasimodo, c'est toi !” »
L'épreuve de l'audition derrière lui, Garou prend peu à peu conscience de l'incroyable opportunité qui s'offre à lui. Cependant, à la lecture du roman de Victor Hugo, l'angoisse le gagne. S'égosiller face à des centaines de spectateurs ne l'inquiète pas le moins du monde, sachant que le plaisir qu'il éprouvera alors sera certes contagieux. L'idée d'avoir à jouer un personnage, par contre, le turlupine au point où il envisage de tout laisser tomber. Il ne savait pas que la graine d'acteur germait déjà en lui depuis longtemps. Son côté instinctif allait faire tout le travail. « Un jour, j'ai engueulé Gilles Maheu, le metteur en scène. Il me laissait me débrouiller seul la plupart du temps alors que j'avais besoin qu'on me guide davantage. Il m'a simplement dit, en souriant : "Continue comme tu le faisais, c'est exactement ça qu'il faut.” »
Des mois durant à Paris, Montréal, Lyon, Bruxelles ou encore Londres, dans la version anglaise de Notre-Dame de Paris, Garou pénétrera son personnage de façon magistrale. Et dire qu'à prime abord, il ne s'imaginait nullement acteur... Il a pourtant su merveilleusement témoigner de la détresse de Quasimodo non seulement par sa voix, mais également par la richesse de ses émotions, transcendées dans celles du bossu. « Chaque soir j'entrais dans la peau de Quasimodo, du mal-aimé, du rejeté. Paradoxalement, j'en sortais pour vivre l'amour du public à mon égard. C'était très déstabilisant. »
Il remporte par la suite le trophée Félix Révélation de l'année 1999 au Québec, un prix aux World Music Awards pour la chanson “Belle“ de même qu'un trophée Victoire pour la même chanson. “Belle“ fut par ailleurs votée meilleure chanson des 50 dernières années par le public français.
Face au succès fracassant obtenu par Notre-Dame de Paris en France, les offres se multiplient: projets de disques, de films... Garou, quant à lui, ne veut rien brusquer. Le joueur qui sommeille en lui se réveille une fois de plus et l'incite à attendre la proposition qui cadrera parfaitement avec sa propre vision de ce que doit être un disque à son image. D'ailleurs, étiquette ou pas, Garou reçoit d'énormes doses d'affection de la part du public français. Malgré le succès instantané, il endosse avec une troublante aisance et une belle simplicité son nouveau rôle de coqueluche. « La France m'a donné tellement d'amour ! Je lui suis redevable pour longtemps... »
En 1998, Garou accepte de figurer sur l'album 'Ensemble contre le sida.' Il y interprète “L'amour existe encore” (composée par Plamondon et Cocciante pour Céline Dion), en duo avec Hélène Ségara. On le retrouve aussi sur deux disques des Enfoirés (prestations enregistrées live sur le plateau de télé), de même que sur celui intitulé '2000 et un enfants.' Le classique de Jacques Brel, “Un enfant,” nous est servi à la sauce « swing » sur cette dernière création, grâce à la complicité de son groupe The Untouchables.
« Je n'ai jamais demandé ce qui m'arrive, jamais eu soif de popularité », raconte-t-il. En 1999, sur un plateau de télé français, le destin se charge de mettre sur son chemin une personnalité qui allait lui faire vivre une autre belle aventure. Ce jour-là, Garou fait la connaissance du gérant de la chanteuse numéro un au monde. « Ma première rencontre avec René Angélil a duré 20 secondes. Il est venu me voir, m'a serré la main. Un courant magique est passé dans cette poignée de main. C'est d'ailleurs ce que je me suis empressé de dire à mes parents, qui sont mes plus fidèles amis et mes plus grands confidents. Plus tard, lorsque nous nous sommes revus lui et moi, il m'a dit que ce n'étaient ni ma voix ni ma présence sur scène qu'il avait surtout appréciées chez moi, mais bien la poignée de main que nous avions alors échangée. Quand il m'a raconté ça je me suis dit que j'aurais confiance en lui et en son équipe pour le restant de mes jours. » Il ne le savait pas encore, mais cette poignée de main allait changer le cours de son existence.
Montréal, décembre 1999. Garou, de même que Bryan Adams et les autres chanteurs québécois de la troupe de Notre-Dame sont conviés, à titre d'invités spéciaux, à se produire aux côtés de Céline Dion le soir de son méga-spectacle au cours duquel s'effectuera le passage au nouveau millénaire. Il s'agit aussi du dernier concert que la chanteuse présentera avant au moins deux ans, elle qui tient à prendre cette pause bien méritée. Un soir, après les répétitions, Céline et René demandent à Garou de bien vouloir dîner avec eux. « Céline m'expliquait qu'elle avait la chance de travailler avec la meilleure équipe sur la planète et que, comme elle prenait une pause de deux ans, tout le monde voulait travailler avec cette équipe, la plus convoitée qui soit. Au moment où j'allais avaler une bouchée, elle me regarde et me dit : “Nous, on a pensé que ce devrait être toi...” J'étais complètement estomaqué. Que l'artiste numéro un dans le monde te demande de t'associer avec son équipe, c'est une chose impensable. Mais demandé avec toute la générosité de Céline, et avec politesse... là, cétait trop. J'ai jamais pensé qu'un truc pareil pouvait m'arriver. »

